Hubert de La Fressange, héros parmi tant d'autres, pour la Libération de la France

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Cet article est bien incomplet, par manque de temps pour se rendre au Service Historique de la Défense afin de consulter certains documents, d’autant que l’accès à ce service est assez strictement réglementé, contrairement aux autres services d'archives. Le but n’est pas ici de faire un cours d’histoire sur la campagne de France en 1944, d’autres ayant brillamment évoqué cette période. Il est simplement de rendre hommage à l’un des nombreux français qui ont donné leur vie pour notre liberté, ainsi qu’à son unité, extirpant notre nation du joug hitlérien.

Hubert de La Fressange

Jean Marie André Hubert de Seignard de La Fressange, dit Hubert de La Fressange, nait le 20 février 1923 à Paris (XVIème arrdt), fils de Paul, marquis de La Fressange et de Simone Lazard, fille du célèbre banquier. Hubert était officiellement domicilié chez ses parents, 16 rue Oswaldo Cruz à Paris (XVIème arrdt), mais il n'y habitait qu'occasionnellement, afin d'échapper au STO. Il habitait en réalité 31 avenue de la République à Briançon (05).

A la libération de Paris, le 25 août 1944, Hubert s'engage pour la durée de la guerre, comme soldat de 2ème classe, au titre du 1er régiment de Marche de Spahis Marocains (RMSM) sous le n° de matricule 1625. Il faisait partie de la classe 1943. Son état signalétique et des services est assez succinct, compte tenu de la courte durée de ses services, puisqu'il est mort héroïquement le 2 octobre 1944, à 4h00 du matin, à Anglemont (88), moins de 2 mois après son engagement. Son dossier du Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (BAVCC) à Caen mentionne, comme genre de mort : rencontre avec l'ennemi.  En mention sur son acte de décès on peut lire : tué dans son AM au moment de l'action. Cet acte comportant des erreurs sur les noms de famille et l'adresse des parents, sera rectifié en août 1945.
Hubert de La Fressange, Mort pour la France, fut cité à l'ordre du Corps d'Armée à titre posthume, par ordre général en date du 6 décembre 1944, signé du général de division Leclerc, commandant la 2ème Division Blindée : Jeune engagé qui, dès ses premiers combats, s'est imposé par son courage, son sang-froid et son enthousiasme. Attaqué dans la nuit du 1er au 2 octobre 1944 à Anglemont, par un ennemi très supérieur en nombre et en moyens, s'est dépensé sans compter, a trouvé une mort glorieuse à son poste de combat. Cette citation comporte l'attribution de la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil.
Il fut également décoré de la Médaille Militaire à titre posthume, par décret présidentiel du 4 janvier 1950, paru au Journal Officiel le 7 décembre1950.
Sa famille est avisée du décès par le maire du 16ème arrondissement de Paris le 17 novembre.
Hubert de La Fressange est inhumé dans un premier temps au cimetière de Rambervillers (88). Il repose maintenant dans un caveau du cimetière de Sénart, dans la commune de Draveil (91), commune où le château des Bergeries, actuelle Ecole de Police avait été la propriété de la famille Goldschmidt, ses arrière-grands-parents, et où son nom figure sur le monument aux morts. On trouve aussi son nom gravé à Paris, sur le monument commémoratif de la Place du 25 août 1944. A Valence (26), son nom est gravé sur une plaque commémorative du 1er régiment de Spahis. Et enfin à Anglemont, une stèle est érigée à la mémoire d'Hubert de La Fressange. Elle est située dans la commune, à l'endroit même où il tomba. Le 5 octobre 2014, une borne de la voie de la 2ème DB a aussi été inaugurée dans cette commune d'Anglemont. Une autre stèle se trouve dans le village, à côté de la Borne du serment de Koufra, avec une plaque à la mémoire des membres de l’équipage du char Champaubert, Morts pour la France.

Anglemont

vue du village d'Anglemont

Anglemont est un petit village du département des Vosges, en Lorraine. La commune, qui s'étend sur 5,9 km² à une altitude comprise entre 269 et 363 mètres, et comptait 176 habitants au recensement de 2007. Elle est située à 4,6 km de Rambervillers, et à 23 km au nord-ouest de Saint-Dié-des-Vosges.

La 2ème DB

La 2ème Division Blindée (DB, ou Division Leclerc comme elle est aussi nommée) est, on le sait, l’unité avec laquelle le général Leclerc débarqua en Normandie pour libérer la France, participa aux combats du bocage normand, et c’est cette unité qui entra la première dans Paris le 25 août 1944, avant de progresser vers l’est, dans les Vosges, en Alsace, puis en Allemagne.
Le général Leclerc avait organisée sa division en trois Groupements Tactiques portant le nom de leur chef, les groupements Langlade (GTL), Dio (GTD), Warabiot (GTV). Le GTV fut finalement commandé par le général Billotte au début de la campagne, puis plus tard par le lieutenant-colonel de guillebon. Il devait cependant garder son "V" (comme victoire) jusqu'à Berchtesgaden.
Le 1er RMSM constitue un groupement de reconnaissance, étoffé par de nouvelles unités, et forme le groupement Remy (GTR). Le colonel Jean Rémy sera remplacé par le lieutenant-colonel Roumiantzoff.
La première semaine de septembre la 2ème DB, rassemblée dans et autour de Paris, reçoit les engagements et procède à l’instruction sommaire des recrues volontaires qui affluent dans les unités, afin de combler les pertes subites depuis le débarquement. Trois compagnies de FFI recrutés dans Paris sont ainsi intégrées à chacun des 3 bataillons du RMT, et un escadron supplémentaire de spahis est créé. La division profite aussi de ce répit pour remettre en état son matériel.
Puis reprenant son mouvement vers l’est, la Division Leclerc est en couverture dans la Marne.

Le 1er RMSM

Le 1er RMSM était le régiment de reconnaissance de la 2ème DB, et ce depuis le Maroc en 1943. C'est donc lui qui se trouvait toujours à l'avant-garde, le premier en contact avec l'ennemi. Son commandant était le colonel Remy, avec pour adjoint le lieutenant-colonel Roumiantzoff. Le régiment était composé à l’origine de 5 escadrons de combat, un Etat-major et 1 escadron hors-rang.  Tout comme la 2ème DB, le 1er RMSM était équipé de matériel militaire américain.
Le 1er escadron du 1er RMSM est équipé de chars légers M3 Stuart. Quant aux 4 autres escadrons, ils sont équipés de 17 automitrailleuses M8 avec canon de 37 mm, ou M20 de 12,7 mm, 3 obusiers M8 Howitzer, et 5 Half-tracks, des jeeps, parfois amphibies. Un sixième escadron sera créé à Paris le 1er septembre 1944, puis un septième le 21 octobre, enfin un huitième le 20 novembre. Chaque escadron comprenait 3 pelotons de combat, équipés de 5 automitrailleuses M8 avec canon de 37 mm, un obusier M8, un half-track avec remorque blindée pour les munitions, et 4 jeeps, dont 2 avec mortier de 60.
Débarqué le 1er août 1944 à Omaha Beach le 1er RMSM participe aux combats d'Avranches, et à ceux de la libération d'Alençon, de Carrouge, d'Argentan, avant Paris le 25 août. Le 1er RMSM participe également au nettoyage de la capitale le 25 août, puis dégage la banlieue nord de Paris dans les jours suivants, avec les combats du Bourget du 27 au 29 août.
Le 11 septembre, les spahis du GTR traversent Colombey-les-Deux-Eglises (52), alors que ce même jour ceux du 5ème escadron font jonction avec des éléments avancés de la 1ère DFL près de Montbard (21). Le régiment combat ensuite dans les environs de Baccarat (88), avant la bataille des Vosges puis celle de l'Alsace. Le 1er RMSM est fait Compagnon de la Libération par décret du 7 août 1945, et fut cité deux fois à l'ordre de l'Armée.

 Opérations militaires 2ème DB septembre 1944

Après les combats de la libération de Paris, la 2ème DB avait été mise au repos du 29 août au 7 septembre. La division est installée au Bois de boulogne, où de nombreux jeunes viennent s'engager. Ce fut certainement le cas pour Hubert de La Fressange.
Après une courte période d'instruction, Hubert participe aux opérations militaires menées par la 2ème DB. Dans l'état actuel des recherches le concernant, rien ne permet de dire qu'il ait participé à toutes les opérations depuis le 25 août, mais on peut supposer qu’il a pris part aux combats de la Libération d'Andelot (52), le 12 septembre 1944, puis de Dompaire (88) le 13 septembre contre la 112ème Panzerbrigade. L’unité allemande perdra 59 chars sur 90, 21 canons détruits, et 500 tués dans cette journée du 13 septembre 1944.
Le 7 septembre, le général Leclerc recevait l'ordre de départ. La 2ème DB quitte Paris le 8 septembre pour traverser la Brie et la Champagne, afin de se regrouper le lendemain à Bar-sur-Aube (10), le terme officiel étant déplacement administratif. Sa mission est de progresser vers l'est, en couverture du flanc sud de la IIIème armée américaine du général Patton. La division est ainsi mise à disposition du général Haislip commandant le XVème corps d'armée.
Dans la journée du 11 septembre, Contrexéville est libérée, ce qui permet au GTL de libérer Vittel le 12, le GTV réduisant les défenses d'Andelot. Dans Vittel, Leclerc rend visite en personne à des civils anglais et américains, qui y étaient détenus depuis 1940 par les allemands, dans un grand hôtel de la station thermale.
Le 13 septembre les combats se déroulent dans la vallée de la Gitte, à Dompaire et Damas-aux-Bois, puis à Ville-sur-Illon. C'est une belle vistoire avec la destruction de 60 chars ennemis sur 90 engagés. Leclerc autorise les fusiliers-marins du RBFM à porter à nouveau la fourragère de la légion d'honneur gagné à Ypres pour les récompenser du nombre de chars détruits par la précision de leurs tirs.
Le 15 septembre, la 2ème DB franchit la Moselle à Chatel-sur-Moselle (88). Le 19 septembre, la radio nationale diffuse un communiqué : Commentaire des nouvelles de la 2ème DB : une formation de la 2ème DB correspondant à l’effectif d’une brigade a détruit plus de 65 chars ennemis pendant les journées des 13 et 14 septembre dans la région de Dompaire.
A partir du 20 septembre, le commandement allié décidant d’arrêter son offensive vers l’est, la situation est stabilisée. La 2ème DB se trouve alors à cheval sur la Meurthe (franchie le 23 septembre), face à Baccarat, déployée sur une ligne allant de la forêt de Parroy, tenue par les 44ème et 79ème Divisions d’Infanterie US au nord, jusqu’à Rambervillers, tenu par la 45ème division d’Infanterie Us au sud. La division développe une intense activité de patrouilles offensives dans ce secteur jusqu’à fin septembre.
Témoignage du général Compagnon : Nous reproduisons ici une partie d'un témoignage, paru sous le titre L'offensive en Lorraine et en Alsace dans Espoir n° 107 de juin 1996, qui permet de se faire une idée des circonstances dans laquelle évolue la division entre la libération de Paris, moment où Hubert de La Fressange s'est vraisemblablement engagé, et la bataille d'Anglemont, où il est mort avec certains de ses compagnons d'armes.
L'auteur de ce témoignage, le général Compagnon était officier de 4ème Bureau (Etat-Major de la 2ème DB), et commandait un escadron du 12ème régiment de Cuirassiers :
Dès Paris libéré, Leclerc est sous l'empire d'une nouvelle obsession, repartir au combat vert l'est, avec un objectif gravé dans son cœur et son esprit, à Koufra, le 1er mars 1941 : Strasbourg, dont la flèche de la cathédrale symbolise la fin de la libération de la France.A partir du 30 août 1944, regroupée dans Paris, la 2e DB se remet en condition opérationnelle : révision et remplacement des matériels, recomplètement des effectifs par amalgame de nouveaux engagés (environ un millier) au sein des unités existantes ayant subi des pertes, et addition de quatre compagnies FFI réparties dans les groupements tactiques de la Division Leclerc s'efforce, auprès des généraux de Gaulle, Juin et Koenig, d'arracher au plus vite sa Division à la capitale, à ses « délices de Capoue » et à son atmosphère délétère de grenouillage politique.Il veut reprendre le combat avec de l'Armée américaine, si possible au sein du 15e Corps d'armée du général Haislip et de la IIIe Armée du général Patton, généraux avec lesquels il s'est remarquablement entendu en Normandie. Il y réussit. Le 8 septembre 1944, la Division quitte Paris. Un seul problème est mal résolu : le ravitaillement en carburant vient de Cherbourg et est déficient, d'autant plus que priorité est donnée à Montgomery et à la 1re Armée US au détriment de la IIIe Armée US. Un seul des groupements, le GTL, a fait ses pleins et peut quitter Paris de suite, ainsi que le GTR (Romiantzoff) parce que moindre consommateur. Les deux autres (GTV et GTD) partiront donc échelonnés dans le temps.La 2e DB est articulée en quatre groupements tactiques :- 3 groupements analogues (groupement Dio-GTD, groupement de Langlade-GTL, groupement Billotte, ultérieurement de Guillebon-GTV) comportant chacun un régiment de chars (12e cuirassiers, 12e chasseurs, 501e RCC), un bataillon d'infanterie (I/RMT, II/RMT, III/RMT), un groupe d'artillerie (3e RAC, 40e RANA, 64e RA), et une compagnie de génie, un escadron de reconnaissance, un escadron de tanks-destroyers (RBFM), des services de santé, de transmissions, etc. Les groupements sont articulés eux-mêmes en sous-groupements mixtes (combinant chars, infanterie, génie, etc.) et détachements mixtes interarmes.
- Un groupement léger, à base d'éléments de reconnaissance (GTR), complété de chars, fantassins, etc.
Ainsi commence la participation de la 2e DB à la libération de l'est de la France qui va durer près de six mois et, pour la Division comporte quatre phases, dont la 3e (Saverne et Strasbourg), est le point d'orgue :
- Marche d'approche vers les Vosges, dont le terme est la victoire de Dompaire le 13 septembre 1944.
- Combats statiques au pied des Vosges, conclus par la victoire de Baccarat le 31 octobre 1944.
- Conquête du col de Saverne et charge sur Strasbourg, libéré le 23 novembre 1944.

- Bataille d'Alsace, conclue par la fermeture de la poche de Colmar le 8 février 1945.
Le 8 septembre 1944, Leclerc reçoit pour mission de couvrir le flanc sud du XVe CA-US (Haislip) dans sa progression vers l'est, de Montargis à la Marne au nord de Chaumont inclus, et ultérieurement d'attaquer en direction d'Epinal. En face, la 19e Armée allemande recule de Marseille vers Lyon, la Bourgogne, les Vosges, le Jura et le sud de l'Alsace. La 1ère Armée allemande se replie du centre de la France, pour éviter d'y être encerclée par les forces alliées venant de Normandie et du Sud-Est, et cherche à gagner la Lorraine où des unités venues d'Allemagne tentent d'organiser à la hâte une défense pour l'accueillir.
Leclerc lance en avant, vers Bar-sur-Aube et Vittel, les deux sous-groupements Massu et Minjonnet du GTL, couverts vers le sud par le GTR. Massu et Minjonnet poussent hardiment, bousculant ou contournant les résistances allemandes dont la destruction est confiée au GTV qui fera tomber celles d'Andelot le 12 septembre. Dans le même temps, le GTD couvre la progression en arrière, au sud de Châtillon-sur-Seine. Il prend liaison, le 12 septembre, avec des éléments de la 1re Armée française ayant débarqué en Provence le 15 août (unités du 1er RFM).
Ce même jour, cavalcadant cent kilomètres plus à l'est, le GTL libère Vittel le 12 septembre au matin. Leclerc est aussitôt sur place et visite un camp d'internement de citoyens britanniques installé depuis quatre ans. Le soir même, Minjonnet et Massu prennent contact, à Dompaire et à Damas - deux villages nichés dans la vallée de la Gitte qui coupe la route d'Epinal - avec des éléments blindés allemands surpris en plein mouvement par l'extraordinaire avance du GTL que Leclerc a projeté, en quatre jours, à 400 kilomètres de Paris. Il s'agit (ce sera connu après la bataille) des 111e et 112e Panzerbrigades, nouvellement formées avec des chars Mark V Panther et Mark IV neufs, et mis aux ordres d'un chef de blindés confirmé, von Manteuffel.
Les premiers coups échangés, le 12 au soir, montrent que l'adversaire rencontré est de taille. Leclerc et Langlade décident de faire face offensivement ; ce qui n'est possible qu'avec un solide appui aérien américain. Heureusement, le char d'appui aérien du colonel Tower, détaché auprès de la 2e DB, est (fruit de la bonne organisation en usage dans la Division) sur place à Dompaire, auprès de Massu. Le 13 dans la journée, les chars du 12e RCA, aidés des fantassins du II/RMT et des sous-groupements Massu et Minjonnet, bloquent les blindés allemands dans la vallée, où quatre interventions successives de l'Air Sup port US, dirigées par le colonel Tower y font un massacre de Mark V et Mark IV. Y participent les tirs précis des tanks-destroyers du RBFM. Au sol se livre une dure bataille de proximité, coûteuse pour les Allemands, mais aussi pour les hommes victorieux de la 2e DB. La journée se termine par un succès total du GTL. La 112e Panzerbrigade disparaît de l'ordre de bataille allemand, dans lequel elle est entrée moins d'un mois auparavant : 60 chars détruits sur 90 ( Les Panther détruits portent des marques de sorite d'usine datées : 15 août 1944).
A compter du 20 septembre, le commandement allié arrête son offensive vers l'est et stabilise la situation. La 2e DB, à cheval sur la Meurthe, se trouve déployée sur une ligne nord-sud, face à Baccarat, depuis la forêt de Parroy tenue par la 79e DI-US de la IIIe Armée US, jusqu'à Rambervillers tenu par la 44e DI- US appartenant à la VIP Armée US venue du Midi par les vallées du Rhône et de la Saône, au sein du VIe Groupe d'armées (général Devers) dans lequel figure également la 1re Armée française (général de Lattre de Tassigny).
Les GT sont alignés en défensive face à des unités d'infanterie allemandes coriaces, mais sur des positions laissant des vides - qui ont d'ailleurs leurs équivalents du côté français. Leclerc prescrit une attitude agressive : patrouilles dans le no man's land, prises de prisonniers, recherche de renseignements, en dépit des intempéries, des mines et des tirs efficaces de l'artillerie allemande.
Dans cette situation statique, peu appropriée pour une division blindée à vocation mobile, Leclerc reste actif et secoue tout son monde. Il pousse l'instruction et l'amalgame des jeunes engagés, visite les unités, parcourt le terrain, observe et réfléchit. Il garde à l'esprit la reprise de l'offensive, avec, en fond de tableau, la cathédrale de Strasbourg.

La bataille d'Anglemont

Les combats sérieux reprennent le 1er octobre entre Rambervillers et Baccarat. Le 1er octobre, le sous-groupement Putz, du GTV, enlève Anglemont et franchit la D 435 à midi. Dans la nuit, deux bataillons allemands appuyés par des chars de la 111ème Panzerbrigade reprennent Anglemont. Le sous-groupement Putz reprend le village le 2 octobre, au prix de durs combats. Ce sous-groupement, agissant en éclaireur de la division, était constitué du 2ème peloton du 2ème escadron du Régiment Blindé de Fusiliers-Marins (RBFM), du 2ème peloton du 3ème escadron du 1er RMSM de l’aspirant Philibert Delahaye, du 3ème bataillon du Régiment de Marche du Tchad (RMT), et du 501ème Régiment de Chars de Combat (RCC).

Témoignages sur les combats d'Anglemont

Parmi les effectifs du 3ème escadron du 1er RMSM, l’Ordre de la Libération, cite Sigismond Blednicki, dont le peloton est attaqué par des forces très supérieures en nombre et en matériel. Dans son secteur, il stoppe l'attaque allemande par son feu et par sa manœuvre. Ayant reçu l'ordre de décrocher, il anéantit de sa propre initiative une infiltration destinée à isoler le peloton, tuant et faisant prisonnier 20 Allemands et détruisant 2 mitrailleuses. Le chef de peloton et son adjoint étant mis hors de combat, il prend le commandement du peloton, le regroupe sous le feu de l'ennemi et ne laisse aucun véhicule entre les mains de l'adversaire.

Sur le site de la Fondation Leclerc, on trouve ce récit de la bataille d’Anglemont, à propos de la 2ème compagnie du 501ème RCC le 2 octobre 1944 : A 2 heures du matin, des tirs d’artillerie très nourris s’abattent sur ANGLEMONT. Les spahis demandent du secours par des fusées de détresse, et au petit jour ils se replient. L’ennemi contre-attaque avec des Panzers et réoccupe le lieu. La 2ème Compagnie du 501 RCC repart à l’assaut. D’autres chars ennemis débouchent de l’Ouest, mais sont arrêtés vers 11h30 par nos tirs d’artillerie bien réglés. A 17h30, la bataille est finie et  les américains effectuent la relève et la 2ème Compagnie du 501ème RCC rentre  à coté de Roville aux Chênes.
Les pertes se chiffrent chez l’ennemi à plusieurs chars et 2 antichars détruits, 225 tués et 300 prisonniers. Chez nous le CHAMPAUBERT est touché, et il y a 5 tués.

On trouve sur ce même site de la Fondation Leclerc, le récit de la bataille d'Anglemont, avec croquis, dont l'auteur est Pierre Coatpehen, tireur du char Romilly (page 1, page 2, page 3).

Gaston Eve, du 501ème RCC, raconte également dans son journal : Le premier Octobre, nous sommes partis sur Rambervillers dans un terrain très boisé. La guerre était devenue très amère et sans pitié, bien qu'il n'y en ait pas eu beaucoup jusqu'à présent. Comme avant, dans la forêt c'était le temps d'essai pour les chars. Nous étions de nouveau sur la route jusqu'à ce que quelque chose nous arrête. Si vous êtes le char de fil, ce portait (sic) juste malchance. Le temps était humide mais il ne faisait pas froid. Le terrain très boisé ne nous convenait pas tellement, mais il fallait passer par-là ! La compagnie a manœuvré et progressé dans les bois et par les lisières vers Anglemont. A un moment, nous nous sommes arrêtés et il y avait des officiers américains. Comme ils parlaient avec des officiers français, je suis sorti du Montmirail en cas de difficulté de langage. Un des Américains parlait français. Il était très impressionné par notre tactique et notre progression. En me parlant en anglais, ils m'ont dit que notre attaque avait été «Superb, absolutely superb».
Nous étions arrêtés par un bois épais qu'on ne pouvait traverser que par la route coupée par une barricade d'arbres abattus, sur 50 mètres. Il fallait assurer le dégagement nous-mêmes et le Lieutenant Michard a demandé un volontaire par char. Cinq d'entre nous se sont présentés; je représentais Montmirail. Le char qui devait retirer la barricade était Champaubert, piloté par mon très cher camarade Léo Jouhet. A pied, il y avait le Sergent Yves Triolet et quatre hommes. Au moment où nous allions démarrer, est arrivé en face un soldat allemand avec les mains en l'air. Il courait, puis a sorti ses papiers. Il était Autrichien. Or, le matin nous avions trouvé deux de nos Spahis tués le long d'un mur. Évidemment, ils avaient été fusillés. L'Autrichien a sorti une photo de sa femme et de six à huit enfants. Il était très inquiet et parlait, bien que nous ne puissions pas le comprendre. Je devais partir pour dégager la route et déminer (j'avais fait un stage de déminage à Sabratha), et quand je suis parti, j'ai dit aux camarades de ne pas le tuer.
Arrivé devant la barricade, Champaubert s'est mis au milieu de la route et mes très autres
(sic) camarades et moi s'occupaient de mettre les câbles et de les attacher au Champaubert. [Avant qu'ils aient eu le temps de s'écarter] Le pied de Jouhet a dû glisser sur la pédale de débrayage car il a donné une secousse en marche arrière et il y a eu une explosion. Quand je me suis relevé, je me suis aperçu que j'étais blessé à la jambe et un autre blessé à la tête [Le tronc est tombé sur une mine tout près]. Le Lieutenant Michard m'a examiné et dit que ce n'était pas grave. J'avais un éclat dans le mollet, et il m'a mis un pansement à la jambe et m'a retiré ma chaussure pleine de sang. J'ai été évacué dans un half-track où il y avait d'autres blessés. Jouhet était désolé et tout ému. Mais il n'y était pour rien et je lui ai dit «A bientôt».
Il raconte ailleurs : Le Champaubert. Troisième char à Paris le 24 août 1944. Détruit à Anglemont au pied de la Vosge montagnes le 2 octobre 1944. Le Champaubert a été détruit dans une attaque qu'elle a faite avec mon propre char Montmirail le long d'une route très boisée. À un moment donné, nous avons vu devant nous une grange. Après des années d'expérience que nous avons manqué à penser que les portes peuvent être ouvertes et qu'un char allemand nous prenait au dépourvu.

Le journal de marche du 2ème escadron du RBFM mentionne : 1er octobre - Le 2e Peloton participe avec le Sous-Groupement Putz à l'attaque de la forêt Nord Est de Rambervillers, dont le but est de couper la route de Rambervillers-Baccarat. Pas de casse mais des cheminements très pénibles pour les voitures et les chars sous la pluie dans la forêt, guidés par des fantassins qui ne savent pas très bien où ils vont.
Toute l'après-midi Huguet avec son "Morse" a abattu des arbres et cherché en vain des cheminements possibles. Et dans la soirée, le "Morse" aidé du "Phoque" a dégagé les abattis qui obstruent la route de Ramberviliers à Baccarat. On nous a bien assuré qu'ils n'étaient pas minés, mais au 3e arbre une mine saute, et Gonidec, Mouzard et Péna qui n'y croyaient guère sont criblés d'éclats, sans gravité. On sera plus prudent par la suite et l'opération se poursuit au milieu du vacarme des mines qui explosent et des branches qui se cassent. A la nuit faite la route est dégagée, et le peloton va goûter au semblant de repos à la corne Nord du Bois Béni où les trombes d'eau et les dégelées de 88 vont peupler nos rêves.
Padellec qui s'affaire auprès d'un réchaud sent son casque traversé par un éclat. Il ne voudra jamais plus en porter d'autre.
L'AFFAIRE D'ANGLEMONT. - Dans la nuit les éléments qui avaient pris pied dans Anglemont sont forcés de décrocher. L'ennemi attaque avec un bataillon et une douzaine de chars. Il faut reprendre ça dans la matinée. A défaut de l'artillerie que l'on ne peut obtenir, Slomski et Le Goff tirent à 4000 mètres sur des chars qui font demi-tour à l'exception de deux qui sont embourbés.
Peu après une section du 501e et des éléments du Génie pénètrent dans Anglemont, mais le char de tête est allumé. Le Commandant Putz envoie le 2e Peloton en renfort : à 30 milles les T.D. et l'A.M. foncent sur le village, Slomski suivi de Le Goff le débordent par l'Ouest et sèment le désordre parmi les biffins ennemis, les tirant à la mitrailleuse et à la grenade. Il touchera un char et en mettra plusieurs autres en fuite et son secteur serait de tout repos si peu après il n'était littéralement arrosé de 88. Pendant ce temps l'Aspirant Maymil a placé Huguet et Belfils à la lisière Nord du village, et Quezèdé s'en donne à cour joie sur un Panther qu'il met en flammes à 800 mètres, tandis que Clad fait des cartons sur des biffins qui sortent de tous les bords. Dans l'après-midi arrive le Lieutenant de Vaisseau Guillon en compagnie de l'Enseigne de Vaisseau Bebin et de Riot. Il est reçu par l'E.V. Gelinet et l'Aspirant Maymil, lequel ramène une belle brochette de prisonniers, et salué par de nombreuses salves de 88. Peine perdue ; un seul blessé dans la journée : Hervé qui venait avec sa jeep évacuer des civils d'Anglemont et qui courageusement resta au volant après avoir perdu un
œil
A la nuit tombante ordre de se replier arrive, et tout le peloton retrouve l'Escadron à Gerbevillers loin de la mitraille et du canon.
Reste de l’escadron. - Sans changement.


Le journal de marche du GTV indique, comme bilan,  pour cette journée du 2 octobre 1944 : 18 tués, 35 blessés, 4 disparus, 1 Jeep, 1 moto et le M4A2 n° 24 CHAMPAUBERT (1er peloton de la 2ème compagnie du 501 RCC) détruits.

Parmi les 18 tués, on compte le capitaine René Dubut, du II/RMT, décédé le 30 septembre 1944, le maréchal des logis Xavier Marck du 1er RMSM, décédé le 1er octobre 1944, et pour la journée du 2 octobre 1944, l’aspirant Philibert Delahaye, le maréchal des logis chef Maurice Gilbert chef d'une AMM8, le spahi Hubert de La Fressange, le spahi Jean-Louis LANG, le spahi Yvan MAHOU, pour le 1er RMSM, les soldats de 2ème classe Jean Keruzoré, René Panagoulos (Panat) et Marcel Salvani, pour le  III/RMT, et l’équipage du char Champaubert, constitué de Jean Gordot (ou Jean Privé, 20 ans) le chef de char, soldat de 1ère classe, Léo Jouhet (33 ans) le pilote, soldat de 1ère classe, Roger Norcy (23 ans) le tireur, caporal, Georges Renou (18 ans et demi) l’aide pilote, soldat de 2ème classe, et Roger Thomas (23 ans) le radio chargeur, soldat de 2ème classe.

Recherches à Anglemont

Lors d’un passage dans ce secteur avec mon épouse, en cherchant la stèle à la mémoire d’Hubert de La Fressange, nous rencontrâmes une dame âgée. Nous l’avons questionnée sur l’emplacement de la stèle, ainsi que sur les événements de cette journée du 2 octobre 1944. Cette personne, Madame Thomas, petite fille à l'époque, et descendante de la famille Grenier, nous expliqua : nous avons passé presque un mois dans les caves. Puis elle nous a raconté qu’une dizaine de soldats français étaient arrivés en fin d'après-midi à Anglemont, qu'ils avaient été reçu chez ses grands-parents : On leur a fait à manger, ils ont dîné et passé la soirée à la maison et le lendemain, ils ont presque tous été tués

Deux jours plus tard, nous prenions contact avec Monsieur Capdet, maire de la commune, qui  nous dit avoir cherché des documents dans les archives municipales, lors de son arrivée à la mairie en 1995, mais n'avoir rien trouvé. Il nous renvoyait vers "la mémoire du village", Monsieur Rémy Pierre, qui avait 12 ans en octobre 1944. Ce Monsieur nous confirmait les dires de la de madame Thomas, nous précisant que le groupe auquel appartenait Hubert de La Fressange, avec le char Champaubert était dans le village en éclaireur de la 2ème DB. Ils se sont trouvés confrontés à des éléments important d'une Panzer Division, dont un char au moins était caché dans une grange faisant face au lieu ou est tombé Hubert. L'appui français n'étant venu que plus tard, "ils ont été décimés".

 

Sources :

-- Dossier du Centre des Archives du Personnel Militaire (CAPM) à Pau (64).
-- Dossier du Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (BAVCC) à Cean (14).
-- Service Historique de la Défense (SHD) à Vincennes, cotes 1 K 669-2, 11 P 235, 12 P 126.
-- Courriels de François Joseph Roux, Jean Pflieger, Michaël Henry.
-- Encyclopédie en ligne Wikipédia.
-- 2e DB avec Leclerc de Douala à Berchtesgaden, par le général Duplay, Eric Baschet Editions.
-- L’épopée de Leclerc et ses hommes, de Koufra à Berchtesgaden, par Dominique Forget, éditions du Signe.
-- La 2ème Division Blindée, la Division Leclerc, 24 août 1943 – 22 juin 1945, Son chef, ses hommes, leurs combats, par les Musées de la Ville de Paris.
-- La 2ème DB, par Raymond Muelle, collection Troupes de Choc, Presses de la Cité éditions, Paris.
-- 2ème DB Album Mémorial, par Alain Eymard.
-- Les Cavaliers du Soleil, par Claude Girard, préface d'Yves Guéna, éditions Quorum.
-- Septembre 1944 - février 1945 Ils ont libéré l’Alsace et la Lorraine, par Raymond Muelle et Fabienne Mercier-Bernardet, collection Images d’Histoire, Esprit du Livre éditions.
-- Le 1er Spahi des origines à nos jours, par Pierre Dufour, Editions du Fer à marquer.
-- L'Armée blindée française, tome 2 1940-1945, par Gérard Saint-Martin, collection Campagnes & Straégies, dirigée par Philippe Rigalens, Editions Economica Paris.
-- Atlas de la libération de la France, par Stéphane Simonnet, Editions Autrement.
-- Site MemorialGenweb, et notamment les relevés de Martine Mangeolle, ainsi que l’échange de mails avec cette personne.
-- Site internet de la France Libre.
-- Site Internet de l’Ordre de la Libération.
-- Site Internet de la Fondation Leclerc.
-- Site http://www.gastoneve.org.uk/.
-- Site http://stephane.delogu.pagesperso-orange.fr/division-leclerc.html.
-- Forum http://2db.forumactif.com/, dont documents de Planchon.
-- Site http://www.chars-francais.net.
-- Site http://www.charles-de-gaulle.org.
-- http://www.histoire-lorraine.fr. 

Crédits photographiques :

-- Numérisations Bernard Guinard (archives SHD, CAPM et BAVCC).
-- 2e DB avec Leclerc de Douala à Berchtesgaden, par le général Duplay, Eric Baschet Editions.
-- 2ème DB Album Mémorial, par Alain Eymard.
-- Photos Bernard Guinard , François Joseph Roux, Martine Mangeolle, Christian Dusaussoy, Claude Richard, Gaby André Vitinger.
-- Fascicule DB Strasbourg, document envoyé par Planchon, du forum sur la 2ème DB.
-- https://www.facebook.com/events/1465224857075742.

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